dimanche 30 septembre 2018

L'Eglise liquide : vers des formes nouvelles !

A la suite de mon précédent article sur la société fluide, je vous propose d’étudier ce que pourrait être l’Eglise dite 'liquide' ou comment réinventer l'Eglise dans la modernité liquide ? avec la présentation d'initiatives concrètes et innovantes qui germinent un peu partout en France et dans le monde !
Photo : Bogomolje - Biram DOBRO

Cet article fait référence au concept de "modernité liquide" développé par le sociologue Zygmunt Bauman qui caractérise la société contemporaine de 'liquide' car plus flexible, précaire, soumise à une évolution effrénée et perpétuelle, dans un état de changement permanent vis-à-vis d'une société traditionnelle 'solide' car "basée sur la stabilité des institutions et sur la stabilité sociale, économique et géographique." Notre société est devenue liquide parce que "les liens permanents et les relations sociales sont de plus en plus impalpables" telles les liaisons faibles entre les atomes d'une molécule d'eau. "Statut social, identité ou réussite ne sont définis qu’en termes de choix individuels et fluctuent rapidement."

Il n'y a pas si longtemps, la tradition religieuse était encore fortement ancrée dans la société et régissait toute la vie : il était courant qu'à la naissance, les enfants étaient baptisés et, lorsque l'on se mariait, on le faisait majoritairement à l'église (76% de mariages catholiques en 1972 vs 30% en 2010). Les personnes qui sortaient du cadre et qui ne respectaient les traditions étaient systématiquement stigmatisées comme les enfants nés hors mariage ou les couples divorcés remariés. La fin de la chrétienté comme système social est marquée en France par l'effondrement de la pratique dominicale, estimée à 25% dans les années 60 et tombée aujourd’hui à 2%, selon un sondage IPSOS publié dans La Croix en janvier 2017. L'écart et la fracture avec le monde contemporain ont été croissants au fil du temps.

La vie sociale et les aspirations ayant évolué, l’Eglise comme institution séculaire et solide par nature, héritant des cadres du passé, a elle aussi besoin d'évoluer en fluidifiant ses formes afin de s’adapter à notre société devenue liquide, sécularisée, pluri-culturelle, numérique et plus complexe.

Dans cet article, il ne s’agit pas tant de réfléchir à des pistes pour 'liquéfier' l’Eglise que de penser l'Eglise dans la modernité liquide.

Cet article et cette réflexion sont nés à la suite d'une présentation remarquable sur les paroisses liquides par Arnaud Join-Lambert, théologien à l'Université de Louvain lors du synode provincial Lille-Arras-Cambrai (LAC) dont le thème était "Inventer les paroisses de demain." (cf article "Le synode LAC comme Troisième Révolution Industrielle de l’Église locale  ?").

Arnaud Join-Lambert nous explique que ce sont les théologiens anglo-saxons, qui les premiers, ont approfondi le concept d'Eglise liquide, comme Pete Ward dans son ouvrage paru en 2002 : "Liquid Church : A bold vision of how to be God’s people in worship and mission - a flexible, fluid way of being church" ; en français - L'Eglise liquide : Une vision audacieuse de la manière d'être le peuple de Dieu dans le culte et la mission - une manière souple et fluide de faire église. Pour lui, L'église liquide s’inscrit dans la mobilité et la flexibilité de la société d’aujourd’hui. 


Arnaud Join-Lambert explique qu'appliquée à l’Église, "la liquidité traduit plusieurs déplacements spécifiques, dont une vie chrétienne basée sur l’activité spirituelle et non sur des structures, un décentrement de l’office dominical, une part croissante des 'commençants' ou des 'recommençants 'par rapport aux fidèles de toujours, et le passage limité dans le temps au sein d’une église précise."


L'accent est donc mis sur toutes les relations et les moments qui font église : vie chrétienne dans des communautés informelles, mouvements, festival de musique, etc, plutôt que sur l'organisation sociale et les structures : "c’est l’activité spirituelle des participants qui constitue le fondement de l’église et non plus des structures et des bâtiments". "La question fondamentale n'est pas tant la structure que la manière de mettre en oeuvre la mission" et "la véritable église, ce n’est pas l’organisation sociale, mais la Parole de Dieu".


L'article de Jacques Debouverie du centre pastoral Saint Merry : "Inventer l'église et les paroisses de demain" résume bien la pensée d'Arnaud Join-Lambert. "La paroisse solide a traditionnellement pour mission de proposer « tout, pour tous, en un lieu » (Borras). Or l’église solide dans un monde liquide n’arrive pas à relever le défi de la mission du « pour tous »."

"Le problème n’est pas ceux qui viennent encore dans les paroisses solides mais tous ceux qui n’y viennent pas ! (...) En ne faisant que répondre aux besoins religieux de certains, les paroisses solides ignorent ou négligent de facto la soif spirituelle du plus grand nombre (Voir "la logique du guichet" selon Laurent Villemin)." "Sauf exception, la paroisse traditionnelle est incapable de susciter l’élan vers les périphéries existentielles, au cœur de la culture contemporaine. Elle ne parvient qu’au seuil, qu’au parvis, alors que la rencontre avec l’autre se déroule ailleurs, plus loin ou dans des lieux virtuels. "

"Selon Ward, il est donc urgent de réformer lorsque l’Église locale commence à ressembler à un club. Cette Église-club est une réponse à la question terriblement réaliste posée par Ward : pourquoi si peu de gens voient-ils l’Église comme un lieu où trouver ce qu’ils cherchent ? Les paroisses solides seraient de fait dans l’incapacité d’honorer le désir d’authentiques expressions spirituelles qui s’expriment hors d’elles-mêmes, laissant cela à des communautés religieuses anciennes ou nouvelles noyées par l’ampleur du défi." 

"Au projet de la paroisse classique « tout, pour tous, en un lieu », s’ajouterait un « par tous » de l’église liquide, à entendre ici comme l'appel à tous les baptisés et la possibilité pour chacun de déployer tout ce dont il est capable en vue de la mise en œuvre du sacerdoce commun affirmé par Vatican II."

Cela fait écho à ce que j'appelle "l'entrepreneuriat religieux" qui est un défi lancé à chaque baptisé d'assumer sa responsabilité de baptisés d'annoncer l'Evangile et d'aider l'Eglise dans sa mission en entreprenant des projets dans l'Eglise et pour le monde. Cela questionne bien évidemment l'organisation même d'une paroisse où pourrait émerger un nouveau ministère de communion assuré par le fait d'un "coordinateur professionnel". Les relations de hiérarchie en sont modifiées car le système vertical basé sur l’obéissance et homogénéité ne marche plus. La figure du prêtre évolue de chef spirituel à celle de facilitateur spirituel et 'community manager', rôle partagé avec des laïcs de plus en plus engagés comme par exemple dans la mission de coordinateur laïc de paroisse en cas d'absence physique d'un curé sur place. La gouvernance  des paroisses évolue donc nécessairement vers plus de partage des tâches et des responsabilités dans un esprit de synodalité (qui étymologiquement veut dire 'franchir le seuil de la porte ensemble').

Un autre théologien, Leonard Sweet, a développé dans son livre "AquaChurch 2.0: Piloting Your Church in Today's Fluid", "une image de l’Église en prenant celle d'un bateau, qui conserve alors une part de solidité dans un monde devenu fluide, mais qui n’a plus de point d’ancrage social ou culturel". L’Église devient ici une sorte de nouvelle arche de Noé.


Dans l'exhortation apostolique Evangelii gaudium, le pape François reconnaît même que "l'appel à la révision et au renouveau des paroisses n'a pas encore donné de fruits suffisants pour qu'elles soient encore plus proches des gens, qu'elles osent être des lieux de communion vivante et de participation, et qu'elles s'orientent complètement vers la mission.

Il est donc nécessaire d'inventer une église liquide qui vise une nouvelle présence au monde et qui favorise "les relations, la communication et la logique de réseau." L'enjeu serait de faire percevoir l'Eglise comme un réseau de personnes et non pas comme une institution. La notion de catholicité peut aider à faire percevoir cette dimension de grand réseau à portée universelle qui connecte les gens ensembles par la communion. La paroisse peut, en effet, être définie comme une "communauté de communautés" de personnes et un lieu de communion fraternelle. Contrairement aux "structures" de naguère, dont la raison d’être était d’attacher par des noeuds difficiles à dénouer, les réseaux servent autant à déconnecter qu’à connecter...

Arnaud Join-Lambert prend l'image du précipité chimique pour illustrer la complexité de ce rapport solide/liquide : "Le mélange de deux liquides appropriés provoque un précipité aux effets solides, visibles et durables (quoique parfois instables). Dans la postmodernité, les deux composants : société et Église sont liquides. Il s’agit pour l’Église de s’ajuster et de se diversifier afin que la rencontre suscite une réaction, un précipité solide (même instable) et visible dans différents milieux et cultures. Une Église qui sortirait vers les périphéries, avec un style approprié, pourrait voir surgir du sens et de l’espérance là où il n’y en avait plus." 

"Quand mon ami Tétaz parle de l'obsolescence de la paroisse dans une société liquide, il a tort." - Pierre Loup
Des formes d'Eglise liquide 

Dans sa lettre de rentrée aux prêtres, diacres, salariés et bénévoles du diocèse de Paris, parue le 3 septembre 2018, Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris écrit : "Après avoir interrogé les différents acteurs pastoraux du diocèse, il est apparu que cet élan missionnaire devait continuer et trouver de nouvelles voies pour le monde d’aujourd’hui. Ce monde vers lequel nous sommes envoyés, les sociologues l’appellent « liquide ». Les relations humaines sont fluctuantes et on demande une adaptabilité permanente aux citoyens dans leur travail et dans leur manière de vivre. Aussi, j’ai demandé au Père Étienne Grenet de créer un pôle missionnaire, avec une équipe de son choix, pour recenser toutes les initiatives existantes dans les paroisses, dans les mouvements et ailleurs, être un lieu de ressources pour les paroisses qui souhaiteraient lancer des missions et auraient besoin d’être accompagnées. Cette équipe explorera de nouvelles voies et pourra enrichir le diocèse par sa créativité missionnaire." 

Il convient donc de présenter ici des initiatives s'inscrivant dans cette dynamique de créativité missionnaire car ces nouvelles formes de faire Eglise existent bel & bien déjà ! 

Dans ses publications, Arnaud Join-Lambert parle "d'incubateurs" pour qualifier "des projets d’une certaine ampleur, caractérisés par l’innovation, initiés par les institutions ecclésiales, diocèses ou congrégations religieuses, propres au milieu urbain et qui favorisent la démarche spirituelle individuelle mais surtout la rencontre de personnes autour de thématiques communes. C'est notamment le cas des maisons d’Église qui fleurissent un peu partout en France. 

Bâties au cœur des villes, elles offrent une présence catholique aux périphéries des paroisses. Un forum leur a été consacré le 14 octobre 2017 à Nanterre dont voici le dossier de presse« Lieux de rencontres, d'activités, de réflexion, de moment de recueillement, les maisons d'Église se placent dans une logique de rencontre avec la société, en abordant des thématiques contemporaines telles que la famille, l'isolement, le travail, la précarité dans une société de consommation. » Ouvertes à tous, elles permettent également à des laïcs de « s’investir dans leur vie de chrétiens autrement que par les activités paroissiales. » 


En France, on peut citer par exemple Notre-Dame-de-Pentecôte sur le parvis de la Défense, St Joseph à Grenoble pour la pastorale des Jeunes, la Maison Saint-François-de-Sales dans le diocèse de Nanterre, l'Accueil Marthe & Marie dans le quartier Humanicité à Lomme-Capinghem dans le Nord ou la Maison Saint Pierre Saint Paul à la plaine Saint Denis. Cette dernière, ouverte depuis 2014, se définit comme un espace pour souffler et reprendre souffle pour les salariés et habitants du quartier et situé au coeur d'un quartier d'affaires. On y pratique diverses activités spirituelles (messes, adoration) ou non (sophrologie, concert de musique classique, ...).

En Allemagne, des centres accueillants et créatifs se sont développés au cœur des grandes villes. Appelés "Citykirchen", ce sont des lieux ouverts dans des zones de grande fréquentation, des oasis de silence, des lieux de pause ainsi que des lieux d’événements, d’expositions, d’activités sociales ou éducatives. " Ces Citykirchen sont soit une église (non paroissiale ou déparoissialisée) aménagée de façon particulière selon la finalité du projet ou avec des espaces propres, soit une construction adaptée au projet. Leur promotion passe par internet et les réseaux sociaux ; leur ouverture est non-stop : des personnes qualifiées font l’accueil, la souplesse et l’ouverture laissent émerger des projets innovants."
En Suisse, à Genève, il existe Le Lab : le laboratoire de l’Eglise protestante de Genève à destination des jeunes adultes, qui a notamment ouvert une antenne LGBTI avec une spiritualité inclusive, propose des ateliers de méditation mindfulness mélangée avec la spiritualité chrétienne, ainsi que des célébration inclusives et interactives dans une ambiance canapés-sofas au sein même du temple. 


Outre-Manche, l'Église d'Angleterre a, quant à elle, encouragé le développement de nouvelles initiatives, appelées « Fresh Expressions ». Les Fresh Expressions d’Église sont de "nouvelles formes d’Église qui émergent au sein de la culture contemporaine changeante et tournées principalement vers les personnes qui ne vont pas à l'église." Elles ont commencé à être développées à partir du rapport 'Mission-Shaped Church', datant de 2004 et réfléchissant à comment l'Eglise pouvait être façonnée par et pour la mission avec le désir d’être une "Eglise de témoins".

L’enjeu pour l’Eglise n’est donc plus seulement d’accueillir ceux qui viennent déjà, mais de sortir des murs pour rejoindre ceux qui n’ont pas de lien avec la communauté chrétienne (= les périphéries), pour partager l’Evangile avec eux, et pour faire Eglise avec eux.


En France, une église originale pour surfeurs existe à Hossegor : la Surf Church Hossegor ; une église protestante qui se décrit comme une alternative aux paroisses chrétiennes plus traditionnelles et conservatrices de la région. 


Cette nouvelle église locale est composée de surfeurs et de locaux. Elle se situe dans une chapelle surnommée Notre-Dame des Dunes face à la plage. Le culte est bilingue en français puis traduit en anglais.


Le film "l'église sur l'océan" raconte l’histoire de la création de la Surf Church : une plongée particulièrement instructive qui met en lumière ses membres fondateurs qui apprennent à vivre en missionnaires dans un monde sécularisé. 

« Nous voulons construire une communauté de personnes qui se sentent aimées et qui s’aiment les unes les autres tout en explorant ensemble la vie, et la foi. Nous voulons faire partie d’une église où il y a de la bonne musique, de l’enseignement de qualité et un but commun où chacun a un rôle à jouer. » 


La Surf Church est clairement une forme d'église liquide qui casse les codes traditionnels de l'Eglise pour inventer une église plus "expérientielle" : "le format spontané du culte, la musique et la grande place de la discussion rendent cette communauté exceptionnelle aux yeux de leurs fidèles. C’est ce qui les poussent à faire parfois jusqu’à une heure de route pour assister au culte et aux analyses bibliques, ce qui les pousse à chanter des cantiques rock, à troquer soutanes et chapelets pour maillots de bains et bracelets brésiliens." 

Ce reportage photos décrit bien en commentaire l'ambiance qui y règne : « À l'intérieur, rien n'à voir avec une église traditionnelle. Nous trouvons des canapés, des fauteuils et un bar. Ils proposent des cafés et des parts de gâteau. Sur le comptoir, à coté de la Bible, de la wax est en vente. Deux bouts de bois cloués en forme de croix ornés d'une guirlande lumineuse font office de crucifix. Le culte commence en musique..."

Par ailleurs, on voit émerger un peu partout en France de nouveaux tiers-lieux d'Eglise informels sous forme de bars chrétiens, cafés du curé ou cafés culturels & espaces de co-working. 

Depuis son ouverture en 2015, Le Comptoir de Cana prend la forme d'un bar solidaire, situé au coeur du Vieux-Lille dans le Nord. C'est un lieu convivial et fraternel où l'on déguste de bons plats et où l'on partage des verres comme de la bière qui est de "l’amitié liquide" (Ronny Coutteure). L'unique salarié et la trentaine de bénévoles sont attentifs à la qualité de l'accueil et de l'écoute et favorisent les rencontres et les échanges sans masque et en confiance. 

Aquarelle réalisée par Jean Pattou dans le cadre de l'exposition 'Pattou à la table de Cana'
L'expérience est largement décrite dans mon précédent article de blog : Le Comptoir de Cana, le visage d'une église liquide et solidaire.


Dans la même dynamique, partout en France se développent des "Cafés du Curé" comme à Annecy où deux cafés ont ouvert en 2016 sur l'impulsion du curé de la paroisse sainte Jeanne de Chantal. Ce sont des lieux de convivialité et de rencontres « comme à la maison » pour faire sortir « l’Eglise hors de ses murs » et être au plus prêt de ceux qui veulent s’arrêter. Une forme « Evangile incarnée » en quelque sorte.

Photo : Bénévent Tosseri



Dans la même optique, Le Bistrot du Curé au sein de l'abbatiale de Notre-Dame-en-Saint-Melaine à Rennes ouvre tous les samedi soirs à la suite d'une messe Pop Louange organisée par les jeunes. C'est un lieu dans l'église de convivialité qui permet aux jeunes et moins jeunes de se rencontrer, apprendre à se connaître en continuant la célébration.

A Lyon, l'association "les Alternatives catholiques" qui a pour but de promouvoir l’engagement des laïcs dans la cité, a ouvert depuis 2015, Le Simone : un café associatif et culturel et un espace de bureaux partagés (coworking). L'initiative propose concrètement des réponses à la question : "Comment être un citoyen catholique dans la culture et dans l’entreprise ?". Y sont proposées de nombreux ateliers de discussion, conférences & débats autour d'enjeux politiques contemporains, éclairés à la lumière de l'enseignement social de l'église, dans un esprit d'ouverture refusant les clivages entre 'cathos tradi' et 'cathos progressistes'.


Le témoignage de l'un de ses fondateurs est également un symbole d'une "pratique liquide", caractéristique des jeunes d'aujourd'hui : « Notre génération JMJ est vierge de ces oppositions, de ces combats qui ne nous parlent même pas et la doctrine sociale de l’Eglise permet de faire l’unité. » En extrapolant, ces jeunes chrétiens peuvent passer d'une paroisse et d'une sensibilité spirituelle à l'autre sans problème selon leurs besoins du moment : "de la pop louange au rite tridentin dans la même semaine" pour caricaturer en exemple.


A Paris, un cousin du Simone a ouvert depuis 2017, Le Dorothy, sous la forme d'un Café atelier associatif où des activités manuelles, intellectuelles, artistiques et sociales sont proposées dans un esprit de fraternité.

Egalement sur Paris, a ouvert récemment le premier espace de coworking jésuite : Cowork-Magis.


Il s'agit d'un lieu de travail partagé, porté et animé par les jésuites et destiné à des jeunes indépendants et porteurs de projets. Le projet se caractérise notamment par la possibilité d’un accompagnement professionnel et spirituel (discernement et aide à la prise de décision) issue de la tradition des Exercices Spirituels de saint Ignace de Loyola. Le Cowork-Magis est une des dimensions de la Maison Magis, un espace de créativité qui s'étend sur plus de 1000 m2 et où s’élaborent des relations sociales nouvelles, respectueuses de la diversité des personnes et de l’écologie. Un lieu pour se rencontrer, se former, collaborer, servir, créer, prier, célébrer…

Dans un monde en mutation, une Eglise en pleine reconfiguration

Toujours dans cette même dynamique entrepreneuriale et cet esprit d'innovation qui souffle dans l'Eglise, les startups d'Eglise dans le domaine numérique sont également le symbole d'une Eglise qui se renouvelle dans ses formes vers plus d'agilité et de créativité

On peut par exemple citer les entreprises comme Ephatta, le site de l'hospitalité chrétienne (tel un "Airbnb chrétien" avec un accueil à valeur ajoutée solidaire), la plate-forme de financement participatif chrétienne Credofunding, l’application Go-confess (le "Uber de la confession"), le réseau de chaleur humaine Entourage ou bien l'agence digitale Angel Tech. 

Ces startups s'intègrent parfaitement dans l'économie dite collaborative qui favorise le partage, l'esprit d'ouverture et l'intelligence collective de ses acteurs : une véritable opportunité pour l'Eglise dont les valeurs traditionnelles sont proches de cette nouvelle économie du partage. Les nouvelles technologies permettent de co-produire, de co-innover et de co-consommer. On remarque également une évolution vers une "économie créative" dans laquelle les talents individuels se manifestent et où l’esprit d’initiative se répand.

Afin de promouvoir ces projets innovants & numériques au service de l’Eglise et des croyants, a été créée l'association Eglise et Innovation Numérique qui oeuvre pour fédérer ce nouvel écosystème de cathos 2.0 appelé La ChurchTech et qui se rassemble chaque année lors de l'événement Pitch My Church, qui vise à présenter des projets numériques au service de l'Eglise.


"Le digital au service du réel, la disruption au service de l'Église" 

Un autre format disruptif et liquide est celui des "hackathons d'Eglise" qui se développent en France à l'image des hackathons internationaux comme Tech to Preach par les dominicains et plus récemment VHacks au Vatican. 

En avril 2018, la première édition du HackaSens, le hackathon du sens s'est déroulée au centre spirituel du Hautmont dans le Nord. 

A Lyon, sous l'impulsion notamment d'Yves-Armel Martin a été lancée l'initative Hack My Church en mai 2015 : un marathon créatif de 3 jours pour imaginer et prototyper des services ou dispositifs innovants pour l'Eglise du XXI° siècle. Ce laboratoire d’innovation temporaire se situe au croisement de l'intelligence collective, de la créativité et de l'agilité numérique et fait participer des créatifs, développeurs, communicants, makers passionnés de Dieu qui imaginent et réalisent des prototypes de médiation spirituelle au service de la diffusion de l'évangile. 

Art sacré numérique, jeu sérieux spirituel, réseau social de paroisse, objets de piété connectés, les idées ne manquent pas pour que "le virtuel puisse servir le spirituel" à l'image du projet empreint de poésie et de modernité : Light my Prayer, au frontière de l'art numérique, de la prière et du participatif.




Dans la même veine, l’Alliance biblique française en collaboration avec Hackmychurch a organisé en septembre 2018, le premier hackathon Hack my Bible pour inventer la Bible 3.0. 


Cyberthéologie : forme de théologie de l'Eglise liquide ?

Portée dans cette nouvelle culture numérique et liquide, le père jésuite  Antonio Spadaro développe depuis plusieurs années une réflexion théologique sur "l’intelligence de la foi au temps d’Internet", appelée cyberthéologie qu'on pourrait rapprocher des réflexions théologiques sur l'Eglise liquide dans le cyber-continent : "penser la foi à la lumière de la logique du Net."


"Plus qu’un simple outil au service de l’évangélisation, le Net est un nouvel espace où le désir de Dieu s’exprime d’autant plus aisément qu’il favorise les liens de communion entre les hommes."

De même que dans les paroisses liquides, "le contenu de la foi et la manière de croire ne changent pas. En revanche, la pratique d’Internet a un impact évident sur notre façon d’exprimer et de penser la foi."

"Comment le Net et sa logique connective changent-ils ma manière d’écouter et de lire la Bible ? Comment modifie-t-il ma compréhension de la Révélation, de l’Église et de la communion ecclésiale, de la liturgie et des sacrements ? Le défi, dès lors, n’est plus seulement de bien « utiliser » Internet, comme on le croit fréquemment, mais de bien « vivre » au temps d’Internet. Bien plus qu’un nouveau moyen d’évangélisation, Internet est un environnement à part entière, un milieu à habiter et dans lequel la foi est appelée à s’exprimer."

L'Eglise liquide pourra donc largement s'inspirer de la logique et de la culture d'Internet qui fluidifie les échanges pour mieux rendre témoignage à l'époque dans laquelle nous vivons.

Photo: cathobel.be

Eglise liquide, une réponse aux attentes des jeunes

Bien que des formes plus agiles et liquides existent déjà depuis de nombreuses années au travers des mouvements chrétiens et des communautés nouvelles, des tiers-ordres séculiers et fraternités laïques à l'image par exemple des communautés du Chemin Neuf ou de l'Emmanuel et des Fraternités laïques dominicaines pour ne citer qu'elles, on peut constater l'apparition d'une myriade d'initiatives diverses dont l’intuition commune est de "montrer que l’église n’est pas juste une messe du dimanche mais une communauté de croyants suivant Jésus et aimant Dieu."

Le point commun de ces formes liquides d'Eglise est donc le côté chaleureux & informel des manifestations qu'elles organisent, hors des cadres traditionnels et où la notion de service est au coeur de ces communautés ouvertes qui facilitent les rencontres entre des personnes chrétiennes ou non croyantes qui recherchent toutes des réponses dans leur vie, dans un esprit missionnaire mais sans prosélytisme. Ces nouveaux lieux sont des incubateurs de spiritualité chrétienne : des lieux de bouillonnement où se déploie l'innovation et la créativité missionnaire de ses membres. 


Cela correspond bien aux attentes des jeunes générations pour le synode des évêques sur les jeunes, la foi et les vocations d'octobre 2018 : "l’attente d’une Église exemplaire, vraie, crédible, cohérente, irréprochable… (…) ; une Église en mouvement, ouverte, vivante, moderne, dynamique et réactive ; une Église qui éclaire, guide, soutient, apaise, sécurise, donne des repères ; une Église visible, décomplexée, qui communique davantage et de manière plus audacieuse ; une Église qui offre du vivre-ensemble, de la rencontre, de la fraternité. En résumé, une vision de l’Église non pas institutionnelle mais relationnelle."

Eglise liquide, Eglise mosaïque

Au côté d'un modèle unique d'Eglise présupposée solide, centralisée et institutionnalisée se développe donc une Eglise liquide, protéiforme et plurielle constituée d'une mosaïque d'expériences répondant chacune à un contexte et aux besoins spécifiques des fidèles tout en gardant un socle commun : la foi en Christ qui garantit cette "unité dans la diversité" et évite l'uniformité


Comme l'avait écrit Saint Paul aux Corinthiens : « Il y a, certes, diversité de dons spirituels, mais c’est le même Esprit ; diversité de ministères, mais c’est le même Seigneur ; diversité d’opérations, mais c’est le même Dieu qui opère tout en tous » (1Co 12, 4-6). L’Esprit Saint "suscite une grande richesse diversifiée de dons et en même temps construit une unité qui n’est jamais uniformité mais une harmonie multiforme qui attire." Dans le Document Préparatoire au synode des jeunes, on peut ainsi lire que « par rapport au passé, nous devons nous habituer à des parcours d’approche de la foi toujours moins standardisés et plus attentifs aux caractéristiques personnelles de chacun » (DP III, 4). 

Comme l'écrit le père Henri-Jérôme Gagey, théologien, vicaire général du diocèse de Créteil : "Dans ce contexte de postmodernité, il faut inventer une manière contemporaine de vivre l’Évangile. Il ne s’agit pas de l’adapter en en modifiant le message, mais de faire en sorte qu’il touche les gens dans leurs problèmes quotidiens. La difficulté est de prendre en compte la pluralité de la société, et en premier lieu la grande diversité des chrétiens. Les institutions comptent, mais elles ne sont pas premières. C’est parce qu’une Église retrouve des intuitions spirituelles fondamentales qu’elle va pouvoir résoudre des problèmes d’organisation, et non l’inverse." 

Cette réflexion est également illustrée dans le livre Church for Every Context de Michael Moynagh, pasteur, théologien et expert en prospective qui a notamment mis en valeur l'essor des innovations et des communautés nouvelles de 'fresh expressions' en Angleterre et qui est décrit dans cet article.

Une complémentarité entre Eglise solide et liquide

Nous pouvons conclure que malgré tous les reproches que l'on peut faire à l'église traditionnelle dite 'solide', l'Eglise 'liquide' ne cherche pas à tout déconstruire et à 'jeter le bébé avec l'eau du bain'. Il ne s’agit pas de "renoncer à la spécificité la plus précieuse du christianisme pour se conformer à l’esprit du monde mais de chercher de nouvelles manières de transmettre le message chrétien dans cette nouvelle culture." Ainsi, il s'agit d'envisager les complémentarités entre l'Eglise solide et liquide car "plus on fluidifie les formes, plus il faut solidifier le fond"

En étudiant la démarche de l'Eglise d'Angleterre qui encouragent les nouvelles formes d’Église (cf fresh expressions), Michael Moynagh a théorisé ce qu'il appelle une « économie mixte » où tradition et innovation, héritage et nouveauté trouvent leur place à l’intérieur de la fameuse « Mission Shaped Church ». 

"L’économie mixte propose un modèle de co-développement des formes anciennes à côté des formes nouvelles à l’intérieur de la même Eglise. L’Eglise est appelée non seulement à renouveler ses formes existantes (paroisses), mais à faire de la place pour des initiatives qui cherchent à toucher de nouveaux publics. Dans cette dynamique, un rôle important est donné à l’institution. D’abord, pour reconnaître que la diversité d’expressions de foi est une richesse et non pas une menace pour l’Eglise. Ensuite, pour encourager l’expression d’une diversité d’approches communautaires de l’évangélisationContrairement à ce que craignaient beaucoup, les nouvelles formes d’Eglise n’entraînent pas de polarisation entre l’ancien et le nouveau, ni une plus grande fragilisation encore des paroisses. Il ne s’agit donc pas de rejeter l’église classique. Cette église structurée, cadrée, 'solide' répond toujours à des besoins. Elle va améliorer son fonctionnement. Mais, à côté, un nouveau courant en phase avec la 'modernité liquide' qui caractérise la culture contemporaine, est en train de naître et il a besoin d’être reconnu et encouragé."

Eglise liquide ou comment devenir un surfeur dans la foi

Comme le rappelle le père Henri-Jérôme Gagey : "La Nouvelle Evangélisation, c'est marcher sur les eaux." L'évolution du monde nous invite donc comme Saint Pierre à "sortir de notre barque & à rejoindre le Christ" au coeur du monde contemporain. Face au tsunami du changement, il nous faut donc adopter la posture du surfeur car comme nous le rappelle la Surf Church : "le surf est un sport de la foi : quand on surf, il faut avoir la foi car vous partez dans l’inconnu et avez l’espérance de surfer une belle vague. » 


Cela nous oblige donc à abandonner notre volonté de tout contrôler et de se mettre à l'écoute du Christ pour nous abandonner à lui : "Il s'abandonne au juste rythme, le reste suit tout seul. C'est comme un sportif : à un moment, toute sa volonté, il l'abandonne au juste rythme. Car c'est le rythme qui va le faire gagner, pas la volonté. Si tu regardes un surfeur, tu t'aperçois que c'est lorsqu'il s'abandonne à la vague et obéit à un certain rythme qu'il réussit les figures les plus belles et les plus longues ; tandis que s'il s'accroche à sa volonté, il est assuré de tomber. Donc, il ne cherche plus à vouloir, il cherche le bon rythme. Cela n'est plus de la raison, c'est de l'intuition, du senti." Jade et les sacrés mystères de la vie, François Garagnon

Ces nouvelles formes d'Eglise liquide nous invitent donc à nous remettre en question, à être capable de nous défaire de certaines façons de faire trop rigides (solides) pour en adopter de nouvelles, de manière complémentaire, plus agiles et créatives (liquides) : c’est un appel à la prise de risque, à la perte des acquis, à sortir de son confort et à faire ce pari de la confiance en l'avenir. 


Car il suffit d'oser !

Sitographie de l'article 



dimanche 25 février 2018

Le Comptoir de Cana : le visage d'une église "liquide" et solidaire

Le Comptoir de Cana fêtera en mars 2018 ses 3 ans

L'occasion de dresser un premier bilan de cette aventure originale et singulière et d'en mesurer les fruits afin de capitaliser sur nos 3 années d'expérience et de les partager au plus grand nombre...

A l'initiative de la pastorale des jeunes du diocèse de Lille et ouvert en mars 2015, Le Comptoir de Cana est un tiers-lieu d'Eglise qui prend la forme d'un bar solidaire, situé dans le Vieux-Lille. On peut le qualifier d'espace d'innovation chrétienne (laboratoire d'Eglise) où il s'y fait des rencontres improbables. On peut y parler de tout, y compris de foi dans une ambiance de détente, de joie, d’amitié et d’attention à l’autre. Le bar est géré par une trentaine de bénévoles regroupés dans une association qui emploie un salarié et un service civique. Le projet possède son propre modèle économique et sa propre autonomie financière de part son activité commerciale de vente de boissons et de planches. Son concept est articulé autour de 3 verbes-clés : accueillir, surprendre et déguster

Vous pouvez retrouver ici le dossier de presse et de présentation initial du Comptoir de Cana.

Aquarelle réalisée par Jean Pattou dans le cadre de l'exposition 'Pattou à la table de Cana'
Sa création repose sur différents constats repris dans la dynamique du synode provincial Lille-Arras-Cambrai (LAC) sur le thème 'Inventer les paroisses de demain' ainsi que dans les appels du pape François de vivre une "Eglise en sortie", plus ouverte et "orientée vers les périphéries existentielles" ainsi qu'une Eglise plus fraternelle et missionnaire

Je considère ainsi le Comptoir de Cana comme une nouvelle forme d'église dite 'liquide' (Pete Ward) : plus ouverte sur l'extérieur, agile, en réseau, moins centrée sur les structures ou les institutions et au contraire plus centrée sur les activités spirituelles et en action. Soeur Nathalie Becquart, directrice du SNEJV parle à juste titre de l’émergence de nouveaux « lieux conviviaux et fraternels, où l'on est attentif à la qualité de l'accueil et de l'écoute, où l'on peut échanger sans masques, vraiment en confiance, et qui sont finalement assez rares dans la société."

A l'heure où de nombreuses personnes et diocèses nous expriment leur intérêt quant au projet avec l'intention pour certains d'en dupliquer le concept localement, il nous a semblé nécessaire de bien redéfinir quel était l'essence même du projet et de son concept de "bar chrétien" bien que nous n'ayons pas l'ambition d'en poser une définition définitive. 

Voici un dossier de présentation du concept de bar chrétien et du Comptoir de Cana téléchargeable ici ou sur Slideshare  


Nous avons eu de nombreux échanges en équipe autour de la dimension chrétienne du bar et dans quelle mesure elle devait être revendiquée : est-ce 'un bar chrétien' ou plutôt 'un bar comme les autres' tenu par des chrétiens ? Comment communiquer sur sa dimension chrétienne en lien avec son histoire et son identité sans risquer de faire peur ? Quel quel est le positionnement chrétien et son axe de différentiation à approfondir ? Comment assurer sa mission d'évangélisation en trouvant le juste équilibre et sans tomber dans le prosélytisme ? 

Il n'y a pas de réponse arrêtée mais nous avons choisi d'abord d'incarner et de vivre la dimension chrétienne avant de la proclamer. Le Comptoir se doit donc d'être un lieu d’espérance et de témoignage où doit se voir et ressentir la joie de croire. Ce n'est donc pas un bar identitaire mais  au contraire un bar comme les autresouvert à tous, chrétiens ou non, sans prosélytisme et porté par une communauté chrétienne dans l’esprit du Christ, qui favorise la rencontre, l'échange et le partage sur les questions spirituelles si l’on en a envie. C’est une nouvelle forme "d'évangélisation douce" qui témoigne d’abord de l’Evangile sans l’annoncer ouvertement et en respectant la liberté de croire ou pas de chacun. Quelques détails dans la décoration & les animations font signe de la présence chrétienne dans le bar : autant de "clins Dieu" qui rappellent son identité chrétienne et peuvent proposer un 'autrement' par rapport à d'autres bars plus conventionnels. Par leur mission pastorale et de faiseurs de liens, les bénévoles sont les premiers évangélisés en se laissant transformés par celles et ceux qu'ils rencontrent au Comptoir. 

William T. Cavanaugh, théologien indique ainsi que « la vie chrétienne n’est pas un refus du monde, une contre-culture mais une affirmation. En tant que chrétien, vous serez toujours plus attirant en vivant concrètement ce que vous pensez, en étant témoin. Je préférerais par exemple que les chrétiens créent des communautés économiques vraiment différentes, et pas seulement qu’ils manifestent devant la banque mondiale... Il faut que le Corps du Christ se voie fortement à travers la vie radicalement différente de ses membres. »

Au final, la réflexion de Dominique Mabille, diacre et ex-gérant de L'Escale au Havre, malheureusement fermé début 2015, résume bien la mission du projet : "L’intérêt d’une présence chrétienne dans un bar – et non pas un bar chrétien – c’est tout d’abord se mettre au service des autres même sans dire que c’est au nom du Christ. À la manière de l’accompagnement incognito du Christ sur le chemin d’Emmaüs. À la manière aussi du sel de la terre : très peu de sel suffit ! C’est un vrai lieu diaconal où se vit particulièrement la mission du seuil. Un pied dans l’Église un pied dans le monde. Pour moi un diacre ou un baptisé ne doit pas d’abord être dans le chœur de l’église mais doit partout avoir l’Église dans le cœur. L’aventure est très difficile car on est en permanence sur une ligne de crête entre la réussite commerciale et la qualité des rencontres et des partages."

Nous avons par ailleurs réalisé une mesure d'impact du Comptoir de Cana afin de mesurer ses fruits et résultats auprès de sa communauté de clients & de bénévoles pour la période de mars 2015 à l'ouverture jusque décembre 2017. 

Les 4 principaux impacts évalués sont les suivants :
  1. Le témoignage d’une Eglise qui innove : ses impacts en communication auprès de ses clients chrétiens et non chrétiens, dans la presse et les médias ainsi que sur les réseaux sociaux
  2. Un tiers-lieu solidaire : ses impacts sociaux notamment par ses actions de solidarité
  3. Une start-up d'Eglise : ses impacts économiques liés à sa création de richesse 
  4. Un Laboratoire "action tank" d’Eglise : ses impacts spirituels et d'innovation

Voici un dossier présentant la mesure d'impact et principaux indicateurs du Comptoir de Cana téléchargeable ici ou sur Slideshare  


Avant d'ouvrir le Comptoir, l'équipe fondatrice a ainsi travaillé pendant 2 ans afin de définir la bonne recette et rassembler les bons ingrédients : trouver un lieu, un concept, un gérant et un modèle économique ! C'est pour accélérer le développement de ce type de lieu & concept qu'un mode d'emploi non exhaustif regroupant nos retours d'expérience a été rédigé.

Le document suivant est destiné à toutes personnes intéressées par l'aventure du Comptoir de Cana et plus particulièrement à celles & ceux qui voudraient ouvrir, dans leur ville et leur diocèse, un concept de bar similaire. Il peut être accompagné des dossiers et des fichiers du projet ; pour les obtenir, vous pouvez envoyer une demande à l'adresse mail : lecomptoirdecana@gmail.com

Voici le dossier présentant le mode d'emploi et des retours expérience du Comptoir de Cana téléchargeable ici ou sur Slideshare  

En résumé, porter à terme un tel projet ne s'improvise pas et constituer une équipe de personnes convaincues du projet et issues de différents univers est l'une des clefs de la réussite. Le soutien du diocèse et la bénédiction de l'évêque est également déterminant pour donner de la légitimité au projet.

Il nous a fallu comprendre le modèle économique et le fonctionnement d'un bar entre les principales charges à prendre en compte (achat des matières, masse salariale et loyer) et les contraintes réglementaires à respecter (hygiène, licence IV, ...).

Mon conseil pour celles et ceux qui voudraient se lancer dans une telle aventure serait de garder la foi dans la durée car, comme dans toute création d’entreprise, l’ouverture d’un bar reste une épreuve de foi : l’important, c’est d’y croire jusqu’à la réalisation concrète du projet. Dans ce type de projet, il faut savoir relever les défis, traverser les tempêtes et partager les exploits en équipe. C’est une création passionnante, parfois dans les deux sens du mot “passion” : enthousiasme mais aussi souffrance... Il faut donc garder confiance et se laisser porter par l'Esprit qui nous guide & au bout d'un moment, décider de franchir le pas !

Comme nous l'indiquait l'un de nos fondateurs au moment de l'ouverture :

"Il faut maintenant vous décider et avancer avec celles et ceux qui le veulent.
C’est un pari, bien sûr. 
On n’est sûr de rien, c’est vrai. 

C’est une affaire de confiance, assurément ! 

On peut bien sûr attendre encore, chercher d’autres lieux, d’autres budgets, d’autres personnes, d’autres signes, d’autres assurances, d’autres coups de cœur... mais in fine, les questions seront toujours les mêmes... 
Pour ma part, les encouragements et les soutiens de tant de personnes dès qu’on parle de ce projet, les avancées considérables faites depuis quelques semaines, les feux qui sont passés « au vert » pour un tas de questions, me font dire que cette affaire-là n’est pas une lubie, ou un caprice, mais un appel à oser quelque chose de neuf pour l’annonce de l’évangile. 

J’y vois comme un appel. » 


En conclusion et au bout de 3 années d'expérience, le Comptoir de Cana n'a jamais fini de se définir car il demeure en constante évolution et remise en cause dans ses formes afin de toujours aller chercher d’autres moyens d’attirer et de satisfaire les visiteurs, d’essayer d’autres idées... Il reste néanmoins fidèle à ses valeurs et à son concept initial.

Nous espérons qu'il pourra inspirer les réflexions lors du prochain synode des évêques d’octobre 2018 qui portera sur « les jeunes, la foi et le discernement des vocations », initié par le pape François.

« Venez et voyez » 

Enfin, je ne peux que vous inviter à y venir déguster une bonne bière d'abbaye ou la planche du père abbé et si vous avez un peu de temps à donner, à y devenir bénévole ! Car...

Le Comptoir de Cana est avant tout une expérience à vivre !